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mardi 26 février 2013

Critique littéraire de "Petits meurtres à Lampaul Plouarzel"

Martine Maillard, auteur de "Renaître" et de "Instants secrets", nous offre cette critique littéraire de "Petits meurtres à Lampaul-Plouarzel", de Pierre Lamy



Petits meurtres à Lampaul Plouarzel
Suivi de Papiers de vers
de Pierre Lamy

Je ne connaissais pas Pierre Lamy ; j’ai découvert en lui un virtuose du vers classique humoristique.

Je ne connaissais pas Lampaul-Plouarzel ; j’ai découvert une charmante petite bourgade du Finistère, située en bord de mer face aux îles d’Ouessant et de Molène (l’îlot où précisément Pierre Lamy a enseigné de nombreuses années), à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Brest.

De découverte en découverte, j’ai appris aussi que Recouvrance était le nom d’un célèbre quartier de Brest, sur le port. Ainsi, en campant son histoire de façon tout à fait réaliste, notre auteur fait vivre des endroits qui ont tout pour inspirer un bon polar, tout en piquant notre curiosité et en nous incitant à y venir passer nos prochaines vacances… ! D’autant plus que, si le titre « Petits meurtres… » rappelle Agatha Christie, ces côtes déchiquetées de l’Armorique sont très proches de celles de Cornouailles où la célèbre romancière a situé nombre de ses récits.

Mais entrons dans le vif du sujet : trois meurtres ont lieu coup sur coup à Lampaul, malgré l’intervention rapide et la sagacité du Capitaine de gendarmerie Bellec. Après l’assassinat de Fernande, qui vivait semble-t-il de ses charmes dans un bar du quartier de Recouvrance, c’est au tour du curé de Lampaul - dont on devinera peu à peu qu’il la connaissait intimement - , puis d’Adelaïde, une petite serveuse imprudente. Bellec, comme beaucoup de nos enquêteurs du petit écran, a quelques manies : outre celle de ne circuler qu’à moto lorsqu’il interroge et prospecte, il aime aussi jouer les Rimbaud, et donc ne s’exprime qu’en vers. Ceci n’empêche pas l’atmosphère générale de rester très proche des celle des séries télévisées, avec des sous-titres qui surgissent en anglais (« on the road again », puis « back to police station » p.19), ou avec l’image grisâtre du décor campée au début et à la fin, comme un livre qu’on ouvre et qu’on referme ou plutôt comme un générique musical qui installe puis clôt l’épisode.

Ainsi toute l’intrigue, qui se déroule sur 26 pages, n’est-elle composée que d’autant de sonnets ! Sonnets plus ou moins « classiques », car malgré un rythme certain et une recherche verbale colorée, ils varient dans leur disposition (parfois les deux tercets sont remplacés par un quatrain suivi d’un distique, parfois les tercets précèdent les quatrains…), dans leur métrique (les alexandrins sont parfois remplacés par des octo-, voire des hexasyllabes, mais pas forcément dans tout le poème), et tolèrent des libertés qui ne choquent pas, bien au contraire, emporté que l’on est dans la verve générale. Vingt-six sonnets pour boucler une enquête, c’est tout de même très fort, et c’est dire qu’il n’y a ni longueurs, ni chevilles ou autres faiblesses inhérentes au travail d’écriture. Pierre Lamy manie la prosodie de main de maître. En voici un exemple où l’on entend même la mélodie du téléphone portable de Bellec, avec un clin d’œil humoristique à la 5e symphonie de Beethoven (le destin qui frappe à la porte) :

Sol sol sol mi… Bellec consulte son texto :
- Merde ! s’exclame-t-il d’une voix blêmissante,
Ya du neuf à Lampaul, faut décarrer presto.

Remarquons au passage la langue savoureuse qui emprunte largement à l’argot, tout à fait à sa place puisque nous évoluons dans le domaine crapuleux.

*

Bien sûr, on ne pouvait s’arrêter en si bon chemin, et Pierre Lamy a complété sa plaquette avec une série de sonnets du même style - mais tous distincts cette fois -, qu’il a réunis sous le titre général de « Papiers de vers » : on y voit l’humour omniprésent encore, s’étoffant de toutes les variantes possibles de la forme choisie, jusqu’à des sonnets en prose (quatre paragraphes dont les deux premiers sont plus longs que les deux derniers…), et poussant dans ses retranchements la recherche sur la rime, jeux de mots à l’appui (« aqua simplex » rimant avec « un simple ex », dans un poème contenant entre autres trouvailles ce vers : « Tant va l’autruche à l’eau qu’à la fin elle se case »).

Pour conclure, je préciserai un point très important. Ce petit livre s’emporte partout, dans la poche intérieure de votre veston comme dans le compartiment interne de votre sac à mains, car, comme « l’Être et le Néant » de Stellamaris paru aux mêmes éditions, il est particulièrement petit et maniable : c’est une sorte de calepin, un ami de poche sympa que vous pouvez reprendre à tout moment, lors d’un trajet de bus ou en attendant votre tour chez le médecin. On ne pouvait en espérer autrement d’un auteur qui s’appelle « Lamy », et conclut son ouvrage sur une conversation avec un ami (que l’on sent imaginaire) poète…

Martine Maillard