vendredi 6 mai 2016

Huit critiques littéraires de Heiraten (Noces)

Dourvac'h, auteur de Heiraten (Noces), nous partage huit critiques littéraires qu'il a reçues pour son ouvrage.
Elles sont toutes de la même tonalité, je recopie ici la dernière :

(8°) Critique de michfred - parue le 4 avril 2016 :

Entre le poème-conversation et le poème tout court, entre la neige et le lac, entre Julie et Gerti, entre les rochers des Diables et le balcon des anges, voici Heiraten...

Les "Noces" du récit et de la poésie.

Je n'ai pas "aimé" bêtement ma lecture : j'ai été envoûtée, bercée, magnétisée par le chant de Dourvac'h.

Oui, le chant : une pincée de tchèque, un fidl de yiddish, ein bischen d'allemand et surtout sa langue à lui, toute de suggestions, de langueur maladive et de douceur... Subtile et triste, cultivée et enfantine, pleine de fêlures et de rires cristallins, pleines de larmes et de sourde angoisse.

L'histoire est simplissime.

Franz Kafka rencontre Julie, dans une pension sous la neige, près d'une grande forêt où un sculpteur un peu fou a sculpté de géantes têtes de démons. Tous deux sont jeunes, tous deux sont phtisiques, tous deux sont juifs. Mais elle est gaie et toute naïve, lui est sombre et comme hanté par la mort à l'oeuvre dans son faible corps, par l'ombre terrible du père, par ses livres qui le dévorent comme une fièvre.

Elle veut l'épouser: elle a déjà perdu un premier fiancé à la guerre. Elle veut un anneau. Il le lui achète mais bientôt par faiblesse, par lâcheté, par fatigue, il cède à l'interdiction menaçante de son père, - ou est-ce à la peur de la mort et de l'amour charnel ? à la rencontre avec Milena, l'âme-soeur?
Pour la consoler, la distraire, il lui conte l'histoire d'un autre de ses amours perdus : Gerti, rencontrée au sanatorium. Franz et Julie ne s'épouseront jamais. L'anneau de Julie n'aura jamais son pendant sur la main décharnée de Franz... C'est tout.

Mais c'est ne rien dire du charme intense de ce petit livre ciselé, musical, amoureusement construit, illustré, présenté. J'avais lu et aimé déjà Grand Large : plus breton, plus romanesque, plus narratif -mais déjà plein de poésie et très impressionniste dans ses couleurs et sa palette...

Dourvac'h joue ici d'autres gammes : on pense à Caspar David Friedrich, à Adolphe, aux grands mythes du romantisme allemand, la Lorelei, le Roi des Aulnes, Leonore, et aux mythes juifs et tchèques — ces rochers diaboliques sont les Golems de la forêt — mais surtout son livre est ancré dans l'histoire d'un auteur qui est devenu comme son frère.

Il est Franz, il marche avec Julie dans la neige, il tient sa main et se désole de ne pas l'aimer assez, de ne pas l'aimer mieux, elle qui est si gaie, si tendre...

En lisant Heiraten j'avais mille images dans les yeux, et la musique klezmer berçait mon coeur de ses violons tour à tour frétillants et déchirants.

On doit relire Heiraten, presque tout de suite : c'est trop court, trop parfait; On a l'impression d'avoir rêvé...

Michfred

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