mercredi 30 juillet 2014

Critique littéraire de Ancre

Florence Houssais, auteur de nombreux ouvrages publiés aux Éditions Stellamaris, nous offre cette critique littéraire de Ancre, de Màrcia Marques-Rambourg
Ancre

J’ai lu Ancre de Màrcia Marques-Rambourg dans une respiration, comme une plongée exploratoire.

Pour Màrcia, les mots semblent devenus obsolètes. Ils sont une entrave, un objet de discorde. C’est davantage l’écho entre les mots qui fait sens. Dans son écriture, l’auteur recherche la pureté d’avant le verbe. Elle le recrée dans une démarche expérimentale et sensitive en déstructurant la langue. Sa poésie est, de fait, singulière, détachée, indomptable. Elle ouvre le champ à tous les possibles.

          « La lettre est arrivée hier.
          Celle de ma sœur ; de mes mains étrangères.
          J’ai lu la lenteur du noir, posé sur le champ immense et mobile
          Il parlait des choses banales ; puis, des choses sobres.
          Je suis restée inerte ; mon regard, posé,
          Double et amorphe dans cette chose lugubre et possible ? Nostalgie. » p.13

Ses mots sont arides et paraissent prononcés pour la première fois. En cela, Màrcia Marques-Rambourg est comparable à Marguerite Duras dans cette forme de dépouillement, d’économie où transparaissent ses peurs.

          « Heureuse dans mes heures défaites ; j’ai peur du blanc des mots :
          De la nuit. » p.14

Les mots résonnent comme une langue étrangère, infinie où l’on perçoit des hymnes à l’amour maternel.

          « Hier encore,
          Comme une nuance de terre,
          Mon fils créait des oiseaux brillants
          Perdus dans une forêt verte d’escargots et de loups
          Il y voyait des sentiers ronds, des chiens, des nains
          Il caressait l’image de crayons, réelle,
          Moi, sur une feuille, géante. » p.44

Des tableaux de Picasso, notamment Guernica, surgissent également derrière les mots.

          « Tu vois le paysage
          Que tu as fait avec ton corps
          Tu le vois, net, il y a du sang
          Des gens, des mères, des enfants
          De sales morceaux de vie
          De ceux qui partent
          De ceux qui restent
          Dans la mélancolie d’un sort atroce. » p.51

L’auteur, à l’intelligence supérieure, à l’esprit bouillonnant, nous offre une Ancre envoûtante.

Florence Houssais